Françoise Grossetête : « Le choix de l’Europe »

Les membres du Cercle ont eu le plaisir de s’entretenir avec la députée européenne Françoise Grossetête lors d’une table-ronde le 7 février dernier. Cette fois, Françoise Grossetête fait le point sur la construction européenne dans une tribune au Huffington Post. 

« Ce samedi 25 mars, l’Union européenne célébrera les 60 ans du Traité de Rome, qui fonda la Communauté européenne et marqua un pas en avant important dans la construction d’une Europe unie. Je veux saisir cette occasion pour rappeler mon attachement, plus viscéral que jamais, à cette formidable aventure démocratique, visant à dépasser les nationalismes belliqueux qui ont détruit notre continent en fauchant dans l’enfer de la guerre tant de familles et de jeunes vies humaines. Aujourd’hui plus que jamais, je fais le choix de l’Europe.

Oui, l’Europe est en crise, oui, elle est mal aimée, mal comprise. Mais j’ose dire aujourd’hui que ces crises ne sont que l’arbre qui cache la forêt. Pour quelques échecs (qu’il faut impérativement corriger), combien de réussites et d’avancées décisives ? Qui aurait cru possible de voir coopérer, bon gré, mal gré, les vieux ennemis d’hier si prompts autrefois à faire parler les armes ? Qui aurait cru possible de voir les nations d’Europe régler autour d’une table les désaccords qu’elles réglaient auparavant sur les champs de bataille, au mépris des vies humaines ? Qui veut revivre en France, en Allemagne, en Espagne, aux Pays-Bas… les atroces scènes de désolation que l’on voit aujourd’hui défiler sur nos écrans en direct de Syrie, et qui n’ont rien à envier à la barbarie qui défigura pendant longtemps le continent européen ?

Alors oui, je le dis franchement : malgré tous ses défauts l’Europe est une réussite dont nous devons être fiers. La génération de la paix a tendance à penser que la guerre « ça n’arrive qu’aux autres ». C’est si naïf. Il suffit pour s’en convaincre de regarder vers les Balkans, où la poudrière menace de s’enflammer, vers l’Ukraine, le Bosphore, ou tout simplement vers Paris, Nice ou Bruxelles qui portent encore les stigmates de l’horreur. Partout on se réarme. Qui veut être seul aujourd’hui face à Poutine, Trump ou Erdogan ?

Face à cette réalité, je regrette l’aveuglement des débats de la campagne présidentielle, dont l’Europe est la grande absente, alors que l’avenir de la France est tellement lié à l’avenir de l’Europe. Méconnaître cela, c’est prendre le risque de soigner notre pays malade sur la base du mauvais diagnostic.

Il ne s’agit pas d’être alarmiste ou d’alimenter la peur, mais d’ouvrir les yeux sur l’état du monde. L’Europe face à ces dangers représente encore un espoir. Celui que le dialogue, la coopération et la solidarité l’emportent définitivement sur le repli sur soi, les égoïsmes nationaux et les nationalismes amers. »

Françoise GROSSETÊTE